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Il n’est pas le Dieu des morts, mais des vivants ; tous vivent en effet pour lui
Lc 20,38
mercredi 14 novembre 2007
par Père Boutros Khalil

Chers frères et sœurs !

A quelques jours de la fête de la Toussaint et de notre intercession pour nos frères défunts, la liturgie de ce dimanche nous invite à méditer sur le mystère central de notre foi : la résurrection.

Chers frères et sœurs !

Mais pour commencer, situons le récit de l’Evangile de Luc. Nous nous trouvons dans les derniers jours de Jésus. Il est entré à Jérusalem, acclamé par une grande foule, il a chassé les vendeurs du Temple. Chaque jour, il enseigne dans les parvis et se confronte avec tous ceux qui cherchent à le perdre. Pour que le peuple cesse de lui faire confiance et pour trouver un motif valable de l’accuser auprès des autorités. Les Pharisiens ont commencé la controverse à propos de l’impôt : faut-il payer un impôt à l’empereur de Rome ? Alors ce sont des Sadducéens qui vont prendre la relève. Qui sont ces Sadducéens ? Des gens de la grande aristocratie de Jérusalem. Ils tirent leur richesse des activités qui gravitent autour du Temple.

Le texte De quoi s’agit-il ? De frères qui doivent épouser leur belle-soeur devenue veuve sans enfant. À cette époque, la femme n’a pas de droits. Lorsque son époux meurt, les biens de son mari vont passer aux enfants de sexe masculin qui devront prendre soin et faire vivre leur mère. Si elle n’a pas de fils, la veuve devient sans ressource et totalement dépendante de la charité. Pour éviter de telles situations, la Tora prévoit que le beau-frère se doit de donner un fils à sa belle-soeur : le premier-né qu’elle enfantera prendra le nom du défunt et sera considéré juridiquement comme l’enfant du défunt. C’est ce qu’on appelle la loi du "beau-frère" (qui se trouve dans le livre du Deutéronome 25,5-10)

Le "cas" soumis à Jésus imagine que 6 beaux-frères vont successivement épouser la veuve et mourir les uns après les autres sans avoir réussi à lui donner un fils. Or, beaucoup de ceux qui croyaient à la résurrection, pensaient que dans l’au-delà la femme redevenait féconde. D’où leur question : duquel des 7 frères cette veuve sera-t-elle la femme ? Essayons de comprendre maintenant pourquoi les Sadducéens posent cette question ?

Il faut dire d’abord qu’eux-mêmes ne croient pas en la résurrection. Mais ils savent que Jésus y croit, tout comme les Pharisiens. En plus la Bible raconte notamment le cas des 7 frères qui avaient le nom de Macchabée (2 Maccabées 7,7-9.22-23) : Puisqu’ils meurent pour Dieu, ils vivront pour Dieu. Dieu va leur rendre la vie et Il les fera vivre éternellement. Avec leur cas des 7 frères, les Sadducéens veulent ridiculiser cette croyance en la résurrection.

La 1e réponse tente de montrer que les Sadducéens ont une vision fausse de la résurrection. Il faut dire qu’à l’époque certains des croyants en la résurrection l’imaginaient comme une sorte de continuité de cette vie : une réanimation du corps pour une vie terrestre améliorée qui serait faite de plaisirs et de fécondité.

Jésus va affirmer que la vie des ressuscités est inimaginable. L’être humain qui sera ressuscité par Dieu subit une transformation radicale : il est l’égal des anges. Si, dans ce monde-ci, les humains doivent enfanter pour continuer l’espèce, dans le monde à venir, puisque l’on ne meurt plus, il n’y a plus besoin d’enfanter. L’immortalité supprime la procréation.

Ces fils des cieux sont les anges. Vivre comme les anges, c’est vivre dans la louange de Dieu. Dès cette vie, les justes et les anges luttent pour délivrer les "fils de lumière" des forces du mal. Après la mort, les justes, qui sont jugés dignes de résurrection, vivent en présence de Dieu et ils sont en communion avec Lui. Qui sont ces gens qui sont jugés dignes ? Ceux qui auront vécu leur vie et leur mort comme un acte d’amour, qui auront vécu -en union avec le Christ- par sa force d’amour, par sa grâce. Pour entrer dans la vie du monde à venir, il faut vivre en se donnant, en mourant à son ego, comme Jésus a su le faire jusqu’à la croix. La résurrection est le terme de notre passage à la vie divine. Le monde à venir se définit par la vie nouvelle et immortelle qu’il procure, à la suite de Jésus et en communion avec lui. Voilà l’aboutissement, l’accomplissement du projet de Dieu : faire de nous des fils et filles divins. Même si nous devenons fils et filles du Père dès cette vie terrestre, nous le deviendrons définitivement et pleinement en passant par la résurrection.

La 2e réponse : pourquoi croire en la résurrection. Le Dieu vivant, le Dieu de la vie ne peut cesser de donner la vie. Dieu l’Éternel, Dieu Tout aimant aime chacun/chacune de nous comme un être unique : et Il nous aime pour toujours.

Nier la résurrection des morts, c’est d’une certaine façon nier Dieu. Rien, pas même la mort, ne peut nous séparer de l’amour de Dieu, dira l’apôtre Paul (Rm 8,38). Et Jésus dira encore : Je suis venu pour que les humains aient la vie et qu’il l’aient en abondance (Jn 10,10). Chrétiens, nous croyons en la résurrection parce que nous sommes certains d’être aimés par le Dieu vivant. Le fondement de la résurrection, c’est l’amour, le fait que Dieu nous aime.

Cette foi n’est pas seulement fondée sur le besoin de l’être humain de se prolonger après la mort. Elle est fondée sur la rencontre de Dieu, de Celui qui nous aime. Et de cela, Jésus a été le témoin suprême au milieu de nous. La mort n’est pas le néant ni la fin de toute relation : elle est le passage, le pas d’amour qui épanouira tout ce qu’il y a déjà d’amour dans notre vie. Le meilleur signe de la résurrection que nous pouvons vivre est de vivre chaque jour, de Dieu, de son Esprit, avec Dieu, dans la communion de l’amour. Il n’est pas Dieu des morts, mais des vivants car tous vivent pour lui.

Je voudrais terminer par un beau témoignage entendu à la télévision : celui d’une femme chirurgienne qui s’est illustrée il y a quelques années en parvenant à recoudre le bras arraché d’un jeune garçon. Elle même a perdu brutalement un enfant à l’âge de 5 mois. La journaliste lui demandait : « Pourquoi, dans votre curriculum vitæ, écrivez-vous que vous avez 5 enfants ? Et vous donnez toujours le nom de Martin qui est mort à 5 mois ». Et la maman répondait : « Mais Martin existe toujours ! On m’a suggéré plusieurs fois de donner ce nom de Martin aux garçons qui sont nés après lui. J’ai toujours refusé parce que Martin existe ! » Oui, Il n’est pas Dieu des morts, mais des vivants car tous vivent pour lui.

Amen !


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