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Mais le Fils de l’Homme, quand il viendra, trouvera-t-il la foi sur terre ?
lundi 22 octobre 2007
par Père Boutros Khalil

Chers frères et sœurs !

La Parole de Dieu, proclamée dans les textes de la messe d’aujourd’hui, est si riche qu’on pourrait facilement élaborer une réflexion, par exemple, sur la médiation et la prière d’intercession si présentes dans la première lecture (la médiation de Moïse) et dans l’évangile (la prière de la veuve importune). On pourrait également réfléchir à partir de la seconde lecture et prendre pour modèles missionnaires Paul et Timothée, ces infatigables proclamateurs de la Parole de Dieu.

Chers frères et sœurs !

Dans l’évangile, Jésus nous exhorte avec ses disciples à « toujours prier sans se décourager ». Pour expliciter son propos, il relate la parabole de cette veuve qui n’en finit pas d’implorer justice auprès d’un juge inique jusqu’à ce que « fatigué » et« usé », il lui donne satisfaction. L’argument a fortiori utilisé par Jésus selon une coutume sémite déploie ici toute sa force de conviction : si cet homme mauvais finit par exaucer le vœu de cette pauvre femme qui lui « casse la tête », combien plus Dieu qui est bon, « fera-t-il justice à ses élus qui crient vers lui » et « sans tarder ». Dans ce cas, la motivation de la persévérance se trouve être la certitude d’être entendu et exaucé, persévérance témoignant d’une confiance en Dieu à toute épreuve. C’est cette même assurance qui pousse Moïse, accompagné d’Aaron et d’Hour, à lever sans relâche leurs mains et leurs cœurs vers le Seigneur jusqu’à la victoire du peuple sur les Amalécites.

Le psaume 120 (121) exprime lui aussi à sa manière cette confiance indéfectible dans le Seigneur qui ne saurait rester sourd aux appels de celui qui crie vers lui dans sa détresse : « Je lève les yeux vers les montagnes : d’où le secours me viendra-t-il ? Le secours me viendra du Seigneur qui a fait le ciel et la terre. […] Non, il ne dort pas, ne sommeille pas, le gardien d’Israël ». Ce psaume est une véritable confession de foi dans la présence du Seigneur à nos côtés et dans son amour fidèle et prévenant à notre égard : « Le Seigneur, ton gardien, le Seigneur, ton ombrage, se tient près de toi… Le Seigneur te gardera de tout mal, il gardera ta vie… Le Seigneur te gardera au départ et au retour, maintenant, à jamais. » Persévérer dans la prière, tout à la fois, exprime et fortifie notre foi en ce Dieu Père qui est pure bonté, pur don, pour chacun de ses enfants. C’est ce que Jésus veut nous faire découvrir lorsqu’après avoir conté sa parabole, il interroge ses disciples : « Mais le Fils de l’Homme, quand il viendra, trouvera-t-il la foi sur terre ? » Cette dernière phrase montre-t-elle un certain pessimisme de Jésus ? Ou bien est-elle une invitation pressante à ne pas relâcher notre espérance ?

Jésus sait combien il n’est pas facile d’être fidèle. En effet, devant l’absence de Dieu, chacun peut faire comme s’Il n’existait pas. Devant le mal omniprésent, chacun peut finir par s’en accommoder : Qu’est-ce que cela donne de vouloir changer le monde ? Tout est toujours pareil. Écarter Dieu de notre vie, c’est faire de notre existence une petite vie, limitée à cette terre : On naît et on meurt. Point final. Jésus veut forcer notre regard à bien lire le plan de Dieu. À ne pas rétrécir notre espérance car l’être humain est fait pour Dieu et pour une vie d’éternité. Voilà le sens que peut avoir cette prière constante qu’il nous demande : ouvrir sans cesse notre coeur à l’espérance que Dieu veut y inscrire ; nous placer sur la longueur d’onde de l’amour infini, divin. « La gloire de Dieu, c’est l’humain vivant. Et la vie de l’humain c’est la vision de Dieu », comme le disait Irénée.

C’est en Dieu que se trouve notre véritable destinée. La prière est ce qui nous place constamment en accord avec notre destinée éternelle, cette destinée promise à tout être humain. Et c’est pourquoi elle doit nous soutenir dans notre fidélité à la pensée de Dieu. Croire au destin éternel de l’humain, est lié à notre combat pour défendre les droits des opprimés. Tant qu’un seul être humain est humilié, exploité, tous sont défigurés. Ne pas lutter pour la dignité de tous, c’est trahir le plan de Dieu. C’est sur cette terre qu’est le lieu où se prépare et se construit le royaume éternel de l’amour. Dieu n’a qu’une hâte, à la dimension infinie de son amour : que chaque humain devienne fils, fille divin pour entrer dans la grande communion qu’anime la Trinité Divine.

Chers frères et sœurs !

Comme le pèlerin en route vers la montagne, vers Jérusalem, nous sommes en route, les yeux levés vers toi. Seigneur, c’est de toi que me viendra le secours, car tu te tiens près de nous par la lumière de ta Parole et la force de ton Pain, notre "viatique". Tu veilles sur nous, gardien du nouvel Israël que nous sommes. Sur la longue route vers la Jérusalem céleste, tu empêches notre pied fatigué de glisser, tu nous garderas de tout mal, maintenant et à jamais. « Seigneur, fortifie notre foi en ta bonté et ta miséricorde qui nous justifient afin que nous persévérions dans la prière. Au cœur des épreuves et des souffrances, que par notre supplication nous gardions les yeux fixés sur toi. Fais grandir en nous l’espérance dans l’attente patiente et confiante de voir nos demandes exaucées lorsque ta grâce aura germé en nous jusqu’à donner un beau fruit de charité. »

Amen.


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