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Ta foi t’a sauvé
Homélie du 28e dimanche du Temps Ordinaire
lundi 15 octobre 2007
par Père Boutros Khalil

Chers frères et sœurs !

En lisant en Église cette page d’Évangile, nous découvrons combien nous sommes concernés par la purification des dix lépreux. Elle ne raconte pas une anecdote du passé, elle explique que la purification du cœur de la lèpre du péché et de la sclérose de la peur, est offerte par Jésus à tout homme qui accepte de se mettre en route dans l’espérance. Le chemin de la guérison est le chemin d’une promesse faite par Dieu de nous attirer à lui et de nous permettre de nous rapprocher de lui dans un acte d’adoration et d’action de grâce. En ce sens, la guérison est toujours en avant de nous sous la forme d’une invitation de Jésus à reconnaître sa présence dans nos vies et à l’accueillir pleinement. Finalement, la guérison est une consécration à Dieu. En revenant vers Jésus, le dixième lépreux est devenu son disciple.

Chers frères et sœurs !

Commençons par bien comprendre ce qu’est un lépreux à l’époque de Jésus. La lèpre est considérée à la fois comme une maladie et comme une conséquence du péché. Le lépreux, à cause de la contagion possible, est ex-communié de la vie commune. Le plus souvent, il trouve son gîte dans des grottes à l’extérieur du village, avec d’autres lépreux. Comme il faut survivre, les lépreux circulent dans les campagnes en mendiant. Par leurs cris, ou par des sonnettes qu’ils agitent, ils tiennent à distance les bien-portants pour ne pas les contaminer. Ils se tiennent à distance, dit bien le texte de notre récit. Lorsqu’il arrive qu’un lépreux soit guéri, il doit en faire constater la réalité aux prêtres, avant d’être admis à réintégrer la vie du village. Pour cela, il devra observer tout un rituel : offrir en sacrifice deux oiseaux, puis deux agneaux, et procéder à toutes sortes de purification : lavage de son corps, de son linge, rasage de tout le poil qui se trouve sur le corps. Ces cérémonies devaient durer huit jours. Elles sont faites pour demander le pardon de Dieu. C’est alors que le lépreux est pleinement purifié, comme il est écrit dans le livre du Lévitique.

Ta foi t’a sauvé ! Sauvé de quoi ? De la lèpre ? Mais les neufs autres ont été guéris et il n’est pas dit qu’ils soient sauvés. Que signifie "être sauvé" ? C’est souvent vers la fin du texte que se trouve l’idée essentielle, ce que les exégètes appellent la pointe du récit. Quelle différence y a-t-il entre ce lépreux, revenu remercier de sa guérison, et les neufs autres ? Et quelle est cette différence qui fait que lui seul est sauvé, alors que tous sont guéris ?

Notre lépreux est sauvé par le fait qu’il a pu rendre grâce ? N’est-ce pas dire qu’on ne peut rendre grâce en vérité si l’on ne s’est pas émerveillé de l’amour de Dieu ? Notre lépreux rend gloire à Dieu : il s’émerveille pour ses bontés. Il est alors prêt à rendre lui-même grâce. Et c’est cela qui le sauve ! Parce qu’il est entré dans une relation à Dieu qui n’est plus celle de la crainte envers un Dieu juste, toujours lointain, mais une relation de l’amitié émerveillée. Une relation d’amour envers un Dieu qui est Père : un Père qui fait vivre de sa vie, qui fait aimer de son amour.

L’amour est toujours une grâce : c’est-à-dire une gratuité qui éveille à la gratuité. Lorsque l’amour est reçu comme un dû, il n’éveille plus à la gratuité reconnaissante. Il est si facile de considérer comme un dû l’amour des autres, surtout celui de nos proches : nos enfants, nos parents. Et même celui de Dieu ! N’oublions pas que cet homme était lépreux, donc jugé impur et considéré pécheur par ses compatriotes. Il était de plus Samaritain : donc vu comme un marginal par rapport à la vraie communauté, celle des Juifs. Il ne pouvait considérer sa guérison que comme une immense faveur gratuite de Dieu qui lui était faite par l’intermédiaire de Jésus.

Ce récit nous montre que Dieu se montre généreux et bon, non seulement envers les Juifs mais aussi envers les étrangers, envers les païens. Nous retrouvons ici une pensée constante de Jésus. Dès les débuts de son activité, Jésus a dit cette gratuité de l’amour de Dieu qui fait miséricorde à tous, faisant tomber la pluie et briller le soleil sur les injustes comme sur les injustes.

C’est que Dieu est pleinement libre de son amour. Peut-être faut-il ajouter que les païens sont souvent plus disposés à accueillir l’amour de Dieu que bien des Juifs. Pourquoi ? Peut-être parce que ces derniers sont fiers d’être membres du peuple de Dieu et ils peuvent estimer qu’ils ont des droits à l’amour de Dieu, à cause de cette appartenance. On n’est pas sauvé parce qu’on appartient au peuple de Dieu par l’ethnie ou la circoncision. On peut être membre du peuple de Dieu, mais être un membre mort. Pour être vivant spirituellement, il ne suffit pas d’être membre du peuple de Dieu par héritage, parce qu’on descend d’Abraham, d’Isaac et de Jacob. Pierre le redira lors du "premier synode" de Jérusalem en rappelant la descente de l’Esprit sur toute la maisonnée de Corneille qui était un étranger, un centurion romain.

C’est par l’amour gratuit de Jésus que nous sommes sauvés et non pas par les gestes de la circoncision ni par toutes les observances de la Tora. On n’est pas sauvé parce qu’on fait quelque chose —même si ce que l’on fait est bien—, mais parce qu’on se laisse aimer de Dieu et qu’ainsi on peut vivre d’amour. C’est l’amour qui sauve. À la gratuité du geste d’amour de Dieu répond l’action de grâce spontanée du croyant, pardonné et libéré. Une telle relation, marquée de la liberté et de la gratuité de l’amour, est souvent cachée pour celui qui vit sous un régime de règlements où tout est de l’ordre du donnant-donnant. Nous, chrétiens d’aujourd’hui, nous sommes peut-être encore souvent sous ce régime de la loi. N’avons-nous pas encore un esprit qui calcule et veut mériter l’amour de Dieu ? Pratiquons-nous la messe dominicale par crainte de pécher ? Ou y venons-nous pour un temps de prière et de contemplation amoureuse de notre Dieu et Père ? Et si nous communions à chaque messe, notre coeur est-il dans la joie de l’action de grâce ?

C’est que la minutie de l’observance, le scrupule dans la vie morale rendent incapables d’une vie joyeuse et pleine de reconnaissance envers le Père. Au contraire, cette action de grâce est possible à vivre, même dans des circonstances difficiles.

Chers frères et sœurs !

Seigneur Jésus, prends pitié de nous ! Nous nous présentons à toi comme des disciples qui ont faim et soif de mieux te servir, faim et soif de savoir te louer en vérité, en toute humilité. Donne-nous de savoir nous tourner vers toi et de savourer le don que tu nous fais dans l’eucharistie. Elle reproduit et actualise l’œuvre de ton salut. Elle est le sacrement de la guérison dont nous avons besoin. Merci pour ce don de ton amour.


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