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Augmente en nous la foi !
Homélie du 27e dimanche du Temps Ordinaire
dimanche 7 octobre 2007
par Père Boutros Khalil

Chers frères et sœurs

Le maître mot des lectures bibliques de ce dimanche c’est la foi. A ce sujet, beaucoup de gens se trompent. Ils affirment croire en quelque chose. En fait la foi c’est bien plus qu’une opinion, bien plus que la conclusion d’une réflexion ou d’un raisonnement. Elle est d’abord un élan, une adhésion, un engagement de la personne envers son Dieu . Le verbe croire est beaucoup trop faible pour traduire cette réalité. Le plus important c’est de s’appuyer sur Dieu, d’écouter sa parole comme on écoute avec bonheur les paroles de celui en qui on a vraiment confiance. Tout cela ne sera vraiment possible que si nous avons les oreilles et le cœur vraiment ouverts. C’est un effort à reprendre chaque matin.

Chers frères et sœurs

Les apôtres disent au Seigneur : Augmente en nous la foi. Il ne s’agit sans doute pas ici d’augmenter notre foi en l’existence de Dieu. Il s’agit moins de "croire que" Dieu existe que de croire en Lui, de faire grandir notre confiance en Lui. Mettre sa confiance en Dieu, c’est puiser en Lui la possibilité d’agir comme Lui, avec Lui et par Lui. La foi dont il est question ici ne grandit pas à force d’études sur Dieu. Elle est essentiellement une ouverture à l’amour de Dieu pour nous, un accueil de son amour. Ce que les apôtres demandent, c’est que Jésus leur transmette cette confiance en Dieu qui est la sienne.

Si vous aviez de la foi, gros comme une graine de moutarde, vous diriez à cet arbre « Déracine-toi et plante-toi dans la mer. »Et il vous obéirait.

La graine de moutarde est parmi les plus petites des semences et le sycomore est un arbre réputé indéracinable. L’image peut nous surprendre. Peut-on trouver un sens symbolique à cette image ? On sait que la mer, dans la Bible, est le symbole des lieux du mal : c’est-à-dire l’endroit des forces de mort. L’image veut-elle suggérer que Dieu est capable de faire à nouveau surgir la vie, là où se trouve la mort. C’est une belle image pour dire la force du pardon divin : un pardon qui peut faire rejaillir l’amitié, l’amour sur ce terrain de mort que sont la trahison, la violence, la haine. Demander qu’augmente en nous la foi, c’est donc demander la force de nous ouvrir à l’amour de Dieu. Alors ce qui est impossible à l’être humain solitaire, sera possible à l’être humain animé et inspiré par Dieu.

« Nous sommes des serviteurs inutiles, des serviteurs quelconques, de pauvres serviteurs. Nous avons fait ce que nous devions faire. »

Le mot grec doulos (littéralement esclave) pourrait peut-être traduire le serviteur "sans salaire" qui existe à l’époque de Jésus. En effet, celui-ci est un travailleur qui, pour payer sa dette, a dû vendre sa force de travail. Il ne reçoit donc que le gîte et le couvert, mais aucun salaire. Jésus prendrait cette comparaison pour dire que les apôtres ne font que leur travail puisqu’ils appartiennent à Dieu leur maître. Ils sont comme les esclaves qui n’attendent pas de salaire. Nous retrouvons ici le message constant de Jésus : tout ce que nous faisons doit être fait avec une totale gratuité. Et cela, contrairement à la façon de voir et d’agir de nombreux pharisiens de son temps pour qui la religion se situe au plan des mérites et du droit à la récompense.

La récompense qui vient de Dieu est, elle aussi, purement gratuite, en ce sens qu’elle est l’expression de sa bonté et non quelque chose qu’Il nous doit en stricte justice. La récompense donnée par Dieu ne viendra jamais comme un dû, mais toujours comme un cadeau inattendu, "inespérable". Tout ce que Dieu fait pour nous est de l’ordre de la pure bonté, d’une générosité sans calcul. Il ne peut jamais y avoir de droits à être aimé. L’amour dont Dieu nous aime s’appelle précisément la grâce. Dieu nous aime parce qu’Il est amour et non parce que nous sommes aimables. Et l’amour de l’être humain pour Dieu est qualifié d’action de grâce. Paul reprendra ce même enseignement, lui qui sans cesse dit à ceux qu’il évangélise qu’il agit en vertu de la grâce que Dieu lui a donnée  (Rm 12,3). Pour Paul, être apôtre n’est pas un titre de gloire mais une tâche qui s’impose comme à un serviteur : Vous avez appris la grâce que Dieu m’a accordée pour réaliser son plan (Ép 3,2). Annoncer l’Évangile n’est pas un motif d’orgueil pour moi car c’est une nécessité qui m’incombe et s’impose à moi. Malheur à moi si je n’annonce pas l’Évangile !  (1Co 9,16). Ce trésor de l’apostolat, nous le portons comme en des vases d’argiles afin que cette incomparable puissance soit de Dieu et non de nous (2Co 4,7). Ce qui est vrai de l’apôtre, de celui qui est envoyé par le Christ, l’est aussi de tout disciple. Pour Paul, l’adhésion au Christ est une grâce surabondante de Dieu.

Si Jésus emploie cette image du serviteur sans salaire, c’est pour dire la gratuité de notre amitié avec Dieu et non pas pour dire que nous sommes des esclaves sur lesquels Dieu règnerait en despote. S’il y a une obéissance due à Dieu, elle se traduit dans une libre écoute de sa Parole pour éclairer notre conscience et chercher la vérité de nos vies. Cette obéissance ne peut être une soumission servile et craintive. La parabole des serviteurs sans salaire n’est pas faite pour décrire Dieu comme un maître tout-puissant mais comme le Père tout-aimant. Elle veut nous rappeler que nos gestes envers Dieu doivent être des gestes qui sont commandés par l’amour gratuit et non pas par l’intérêt ou par une obéissance servile. Ils doivent être un besoin du coeur, un besoin de l’amour, de l’amitié.

Chers frères et sœurs

C’est que Jésus leur transmette cette confiance en Dieu qui est la sienne. Venez, vous qui participez à cette assemblée, crions de joie pour le Seigneur. Allons jusqu’à lui en rendant grâce par cette eucharistie. Il est notre rocher ferme et sûr, notre salut. Adorons-le, remettons-nous entièrement à lui. Il veille sur nous, il est notre Dieu, il s’est engagé envers nous ; nous sommes son peuple qu’il conduit sûrement à travers tous les obstacles. Aussi, écoutez sa parole qui sonne comme un avertissement : Ne fermez pas votre coeur par le doute, le manque de foi, comme avaient péché vos pères qui m’ont provoqué par leurs récriminations, alors que, pourtant, ils avaient vu mes exploits, tout ce que j’avais fait pour eux.


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