Paroisse de
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3e DIMANCHE DE CARÊME(C) : Luc (13,1-9)
lundi 8 mars 2010
par Père Boutros Khalil

Chers frères et sœurs !

Cet évangile nous parle de malheurs qui ont beaucoup frappé les esprits : des galiléens massacrés pendant qu’ils présentaient leur offrande à Dieu et 18 morts lors de la chute de la tour de Siloé. Et nous-mêmes, nous pensons à toutes ces catastrophes qui frappent notre monde, le séisme en Haïti, au Chili, les tempêtes et les inondations qui sévissent régulièrement, les victimes de la violence, des accidents ou des maladies. A l’époque de Jésus, on avait l’habitude de penser que cela était dû aux péchés des victimes.

Jésus semble pourtant affirmer clairement qu’il n’y a pas de lien direct entre telle épreuve et telle faute. Dieu n’est pas plus un comptable qu’un juge. C’est un Père qui n’a que l’unique préoccupation de donner la vie et une vie en abondance.

Comment comprendre ce lien que nous faisons entre le malheur qui nous arrive et notre péché ? Dès notre enfance, on nous a dit : si tu fais ceci, tu seras puni ! Et peut-être même : si tu fais cela, le Bon Dieu te punira ! Jésus, lui, refuse de faire un lien entre le péché et la maladie ou la mort. Mais il nous dit aussi : « Ne pensez pas que vous êtes corrects, droits, justes, parce que votre vie est sans épreuve, sans maladie, sans accident ! Ne pensez pas que Dieu vous récompense lorsque que tout vous réussit... mieux qu’à d’autres ! Dieu est différent de celui que vous imaginez. Dieu n’est pas un gendarme punisseur ni un juge sévère. Il n’est pas non plus un distributeur de récompenses qui dirait : "Puisque tu as été obéissant, je t’éviterai les accidents." Si votre Dieu est un Dieu que vous servez par peur ou par intérêt, votre vie véritable est en danger : car vous n’êtes pas dans l’amour. » Celui qui regarde Dieu comme un juge tout-puissant, maniant la carotte et le bâton, ne connaît pas Dieu et trahit le visage de Dieu. Dieu ne joue pas aux marionnettes avec nous. Dieu nous a créés responsables de notre liberté. Dieu nous offre la vie, mais il nous appartient de l’accueillir, de la faire grandir ou au contraire de la détruire. Dieu nous a créés par amour et pour l’amour. Si nous n’ouvrons pas notre coeur à son amour de Père, nous ne vivons pas vraiment de la vie de Dieu. Si nous ne connaissons pas Dieu comme notre Père, nous ne pouvons pas être avec Lui en vrai lien d’amour.

Si vous ne vous convertissez pas tous, vous périrez tous de même ! Au début de son ministère, Jésus insiste beaucoup sur l’urgence de la conversion.

Se convertir, dans la langue juive, signifie « changer de direction ». Dieu a donné la conversion. Et cette conversion conduit à vivre en plénitude. Elle est communion à l’Esprit de Dieu qui embrase notre coeur du feu de son amour. Jésus souffre de voir refuser l’harmonie de la communion divine et de la fraternité humaine, de voir qu’on s’éloigne de la Source de vie.

Si vous ne vous convertissez pas tous, vous périrez tous comme cela ! Cet appel à la conversion, répété une seconde fois (v 5) ne doit pas être entendu comme une menace de malheur, mais comme une invitation pressante à prendre conscience que rien ne peut remplacer le bonheur d’une existence qui est vécue en communion avec Dieu. Les catastrophes peuvent être des avertissements pour nous inviter à prendre conscience de ce qui est l’essentiel de la vie. Un accident d’autobus ou d’avion, un séisme ou une irruption volcanique, qui tuent des dizaines ou parfois des milliers de personnes, ces faits tragiques peuvent provoquer une interrogation profonde sur le sens de la vie.

Quelqu’un avait un figuier planté dans son vignoble. Il vient y chercher du fruit et n’en trouve pas. Ces images de vigne et de figuier sont fréquentes dans la Bible. Elles veulent illustrer que Dieu prend soin d’Israël comme le vigneron prend soin de sa vigne. Malgré toute l’attention du Maître de la vigne, les plants ne donnaient pas de bons fruits. Mais l’intervention du vigneron va créer encore un délai, un temps pour la conversion.

L’Envoyé de Dieu, Jésus, pourra-t-il réussir à changer les cœurs afin qu’ils produisent de bons fruits ? Durant tout son ministère le Christ essaie de toucher le coeur de ses auditeurs afin de les ouvrir à l’amour et à la lumière divine. Comme il le vit lui-même, il sait que celui qui vit une amitié forte avec Dieu, celui-là sera fécondé par cet amour et en portera les fruits : joie, paix, bonté, confiance... Comme un père ou une mère peut souffrir de voir son enfant refuser son amour ou gâcher sa vie, Dieu souffre de nous voir passer à côté de son amour, de nous voir refuser la paternité qu’il nous offre. C’est la conscience forte de cette souffrance du Père qui explique l’urgence pressante de l’appel que Jésus nous lance à nous convertir. Pourtant Dieu, aussi pressé et « impatient » soit-il de nous voir acceptés son amour,

de nous voir vivre vraiment et être heureux, Dieu accorde —encore et toujours— un dernier délai... à son espérance ! Il ne désespère jamais de nous voir répondre à sa prière. Le temps de notre vie terrestre est un temps d’amour pour une libération. C’est à cette libération que nous devons nous convertir. Notre vie est une année sainte... si nous savons l’accueillir. Dieu sait patienter... d’une patience ardente. Dieu a hâte d’établir une communion intime avec chacun, chacune de ceux qu’Il aime depuis toujours. Dieu sera sans doute le dernier à désespérer de nous.

Chers frères et sœurs !

Voilà le message du figuier : certitude de l’inépuisable miséricorde de Dieu. Mais il nous faut toujours le mettre en parallèle avec le message de Jésus : Si vous ne vous convertissez pas tous, vous périrez tous de même !... un message qui nous rappelle que Dieu ne peut que respecter la liberté de l’humain. Parce qu’Il n’est qu’Amour, Dieu est désarmé devant le refus de son amour. Dieu ne peut rien... sauf respecter notre choix. La justice de Dieu, c’est —d’une certaine manière— le respect de notre liberté.


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