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1er Dimanche de l’Avent
dimanche 29 novembre 2009
par Père Boutros Khalil

Chers frères et soeurs !

En ce premier dimanche de l’Avent, nous voici parvenus au début d’une nouvelle année liturgique. Depuis quelques jours, dans les rues de nos villes, c’est déjà Noël. Nous pouvons admirer les guirlandes et les lumières qui entourent cette fête. Pour nous chrétiens, ces lumières nous rappellent Celui qui est la Lumière du monde, Celui qui seul peut donner son vrai sens à notre vie. Oublier cela c’est passer à côté de quelque chose d’essentiel. A l’occasion de Noël, on va manger, boire, faire la fête. Le problème c’est que beaucoup oublient Celui qui est à l’origine de ces festivités. C’est un peu comme si nous organisions un anniversaire en laissant de côté celui qui devrait y occuper la place centrale. Noël c’est Jésus qui vient. Il attend de nous que nous lui ouvrions la porte de notre cœur et de notre vie.

Les textes bibliques que nous venons d’écouter sont là précisément pour nous inviter à réagir contre notre insouciance. C’est très beau de faire la fête, mais il faut savoir pourquoi et il faut le dire au monde. Dans quelques semaines, nous fêterons la naissance du Christ. Ce Jésus qui est né il y a vingt siècles continue à venir dans notre monde d’aujourd’hui. Il veut naître en nous. Il attend de nous que nous lui donnions la première place dans notre vie et notre cœur. D’autre part, l’évangile de ce dimanche nous renvoie à la fin des temps, au retour définitif de Jésus. Aujourd’hui, il voudrait nous remettre en éveil. Il est absolument urgent de sortir de notre insouciance. Le jour J approche. « Que votre cœur ne s’alourdisse pas dans la débauche et les soucis de la vie ! » Voilà une parole du Christ qui interpelle notre société de consommation. Il n’y a rien de changé sous le soleil. Remplir les caddies, faire la fête, ce n’est pas un mal. Mais nous ne devons jamais oublier que préparer Noël c’est nous disposer à accueillir Jésus qui vient. Tous nos préparatifs devraient être orientés vers ce seul but.

Dans l’évangile de ce dimanche, nous avons entendu des paroles inquiétantes. Ce retour du Christ semble associé à des catastrophes : « Il y aura des signes dans le soleil, la lune et les étoiles. Sur terre, les nations seront affolées par le fracas de la mer et de la tempête. Les hommes mourront de peur dans la crainte des malheurs arrivant sur le monde, car les puissances des cieux seront ébranlées. Alors on verra le Fils de l’homme venir dans la nuée, avec grande puissance et grande gloire. » A première vie, il y a de quoi être effrayés. Mais ce n’est pas le but de Jésus. Lui-même nous avertit : « Quand ces événements commenceront, redressez-vous et relevez la tête, car votre rédemption approche ». Nous devons partager l’enthousiasme de Jean-Paul II quand il disait au début de son ministère : « N’ayez pas peur ! » L’Evangile est une bonne nouvelle : Dieu nous aime comme un Père et rien ne saurait nous séparer de son amour.

Ce texte évangélique est la conclusion de la fresque apocalyptique que l’on retrouve dans chacun des récits synoptiques (Marc, Matthieu et Luc). Ces apocalypses ont été insérées dans le récit des derniers jours de Jésus. Le sens du mot « apocalypse » est la transcription en français d’un mot grec apocalupsis qui signifie révéler. Dans ces récits d’apocalypse, il s’agit de révéler le sens des événements actuels en les plaçant sous la lumière du sens final de l’histoire. Dans la littérature juive des deux derniers siècles avant Jésus, on trouve souvent ce genre de récits. Les chrétiens du 1er siècle vont aussi utiliser ce type d’écrits afin de comprendre le sens des persécutions qu’ils vivent. À la différence des Évangiles qui sont surtout formés des paroles de Jésus transmises d’abord oralement, puis mises par écrit, ces passages apocalyptiques sont des récits qui ont été directement rédigés. Ils sont nés en temps de crise pour redonner l’espérance aux chrétiens. Ils veulent assurer que Dieu promet qu’il y aura la victoire finale du bien, même si le mal semble tout-puissant dans notre monde.

Ici, le récit est lié à l’annonce de la destruction du Temple de Jérusalem ce qui, pour les Juifs, pouvait annoncer la fin du monde. Les premiers chrétiens vont interpréter la destruction du Temple en 70 comme la fin de l’alliance entre Dieu et Israël et son remplacement par une alliance nouvelle scellée par Jésus. Une alliance ouverte aux humains de toutes les nationalités : Allez donc : de toutes les nations faites des disciples (Mt 28,19-20).

Pour Jésus, c’est toute l’humanité que Dieu veut rassembler en sa communion. Chaque personne, qui vit de bonté généreuse –même si elle ignore Dieu–, accueille en son coeur l’amour qui vient du Père, Lui qui est source de tout amour. Elle fait donc partie du règne de Dieu. Pour signifier les forces du mal qui règnent dans le monde, on emploie des images cosmiques : les puissances des cieux seront ébranlées… Pour signifier la victoire sur le mal, Jésus reprend une image du prophète Daniel : celle du Fils de l’homme qui vient dans la nuée avec puissance et grande gloire. Ce Fils de l’homme, c’est Jésus unissant en lui tous les humains qui vivent de bonté. Cette nouvelle création est donc déjà commencée. Comme le dira saint Paul : [Dieu] nous a arrachés au pouvoir des ténèbres et nous a transférés dans le royaume du Fils de son amour en qui nous avons la délivrance, le pardon des fautes (Col 1,14). Lorsque le mal nous tient en son pouvoir, lorsque nous sommes dans les ténèbres, si nous accueillons l’amour gratuit de Jésus, cet amour va transformer nos coeurs. Nous vivons alors par Jésus, en communion profonde avec lui. Voilà l’essentiel de notre foi chrétienne : il y a un être humain, semblable à nous, un terrien comme nous, Jésus, mais qui vit une communion unique avec le Père et qui nous donne ainsi accès à la sagesse qui vient de Dieu.

Voilà la source de notre espérance. En cet homme, Jésus de Nazareth, Dieu a trouvé un coeur qui a été fidèle à l’amour, jusqu’au bout du pardon, jusqu’à livrer sa vie. C’est en lui, lui que le Père a ressuscité, que ses disciples peuvent venir puiser la force d’aimer.Il est le Fils de l’homme, venu sur cette planète il y a deux mille Noël, pour nous guérir de la désespérance. Voilà le souffle de vie que doit nous redonner notre avent... un souffle qui ne peut nous habiter que s’il nous traverse pour rejoindre nos compagnons et compagnes de vie.

En ce temps de l’Avent, nous demandons au Seigneur qu’il nous apprenne à l’accueillir chez nous et à demeurer avec lui. Il ne cesse de nous inviter à la vigilance. Le temps de l’Avent nous fait entendre ses appels avec encore plus d’insistance. Prions-le pour qu’il nous donne un cœur attentif. Qu’il ouvre nos yeux pour le reconnaître quand il vient. Car c’est vrai, le Seigneur vient à nous dans les événements de nos journées et à travers les personnes que nous rencontrons. S’il vient c’est pour nous apporter la vie, la paix, l’amour. Ces cadeaux, il les offre à un monde trop souvent imprégné de violence et de mort, à un monde affolé par le fracas de la tempête et la crainte des malheurs. L’actualité nous en donne de nombreux exemples chaque semaine.


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