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Ma royauté ne vient pas de ce monde (Jn 18,36).
34 ème Dimanche ordinaire. Christ-Roi.
dimanche 22 novembre 2009
par Père Boutros Khalil

Chers frères et soeurs !

Nous achevons l’année liturgique par la fête du Christ-Roi. Ce choix est tout un enseignement : il nous dit que l’essentiel de la foi chrétienne est dans la reconnaissance de Jésus comme roi-messie. La fête du Christ Roi est d’origine récente. Elle a été instaurée par Pie XI, en 1925, pour affirmer la compétence religieuse de l’Église dans le domaine profane d’où la mentalité moderne entend parfois l’exclure. Nous devons être chrétiens non seulement à la messe, mais aussi dans notre vie familiale, sociale, politique. l’Église a le droit et le devoir de rappeler aux puissances qu’elles ne sont qu’au service de l’homme. Elles sont à relativiser. Il n’y a pas de pouvoir absolu sur terre. Tout pouvoir dépend de Dieu.

Chers frères et soeurs !

Ma royauté ne vient pas de ce monde Quel sens devons-nous donner à cette parole ? Cela signifie-t-il que le règne du Christ est céleste et qu’il ne concerne pas l’histoire humaine ? Tout le message de Jésus semble réfuter cette compréhension. Il n’a cessé de prêcher que le règne de Dieu était tout proche et qu’il fallait y entrer dès maintenant. Le temps est accompli, et le Règne de Dieu s’est approché : convertissez-vous et croyez à l’Évangile (Mc 1,15). Il a répété que ce règne était pour les petits et les pauvres. Heureux, vous les pauvres : le Règne de Dieu est à vous (Lc 6,20). Toute la tradition juive envisage que Dieu règne sur cette vie terrestre. Depuis que Dieu a fait alliance avec Israël, son peuple ne devrait pas avoir d’autre roi que Dieu (cf. Ex 19,6, Jg 8,23 et 1S 8,7) : Moïse avait mis des juges à la tête du peuple. Mais le peuple va demander d’avoir un roi comme les autres peuples. Le juge Samuel finira par donner un roi humain au peuple de Dieu en consacrant Saül, puis David, afin qu’il soit -par cette onction- le roi re-présentant Dieu, le messie lieu-tenant de Dieu, de Dieu qui demeure le vrai Roi. Le règne de Dieu -et celui de Jésus son messie- est donc de ce monde-ci. Il faudrait plutôt entendre le mot "monde" de la manière dont Jésus en parle lors du dernier repas, dans sa prière pour ses disciples : Je leur ai fait don de ta parole et le monde les a pris en haine parce qu’ils ne sont pas du monde comme moi je ne suis pas du monde. Je ne demande pas que Tu les retires du monde mais que Tu les gardes du malin. Ils ne sont pas du monde, comme moi je ne suis pas du monde (Jn 17,14-18). C’est donc dans ce monde-ci que le règne de Dieu doit venir, sur terre comme au ciel, mais ce règne de Dieu ne ressemblera pas au règne des rois de ce monde. Si le règne de Jésus ressemblait à ceux des autres rois, Jésus se serait défendu pour ne pas être livré (cf. 18,36). Mais le pouvoir de son règne ne s’établit pas sur la violence et la force. Jésus refuse d’être un roi-messie tel que la population le souhaite. Le récit des tentations au désert nous donne une sorte de résumé dramatique de ce choix de Jésus. « Jésus refuse le pouvoir politique, comme il refuse le pouvoir magique ou la gloire miraculeuse. Ce refus n’est pas provoqué par un sentiment d’humilité : il est un choix et un choix douloureux. [Car] Jésus sait la misère du peuple : il multiplie les pains parce qu’il a pitié. Jésus éprouve la honte du peuple : il sait ce que veut dire l’occupation par une puissance étrangère et il est dur à l’égard du collaborateur [qu’est le roi] Hérode. Jésus mesure les conséquences de son refus. Il ne sera pas le messie qui délivre, il ne sera pas le messie qui chasse l’occupant, il ne sera pas le messie qui gouverne dans l’abondance économique, il ne sera pas le messie qui foudroie l’ennemi. Jésus sait qu’il déçoit. Jésus se laisse identifier comme messie mais il n’en tire aucune conclusion conforme aux désirs de ses contemporains » (C. Duquoc, Assemblées du Seigneur 65, p. 70). Selon la vision de Jésus, le roi-messie n’est donc pas roi à la manière "mondaine". Sa tâche "divine" est de témoigner de la vérité. Jésus, comme messie, a donc pour tâche principale de transmettre la Tora, et de l’interpréter pour qu’elle soit vraie Parole de Dieu pour l’aujourd’hui : une parole qui doit se traduire en geste dans la vie quotidienne. C’est cette parole-à-faire qui est appelée la vérité. Le mot hébreu émet (qu’on traduit par vérité) vient d’un verbe qui veut décrire ce qui est solide et qui demeure. C’est le sens de Amen : « Cela est vrai parce que cela s’appuie sur Dieu qui est roc. » La vérité, c’est Dieu lui-même à travers sa parole. Être vrai, c’est donc vivre en conformité aux préceptes reçus du Père Divin. Quiconque est de la vérité écoute ma voix (Jn 18,37). Dans sa prière au Père, Jésus évoque ce qu’est sa tâche : Consacre-les dans la vérité. Ta parole est vérité (Jn 17, 17). Voilà la mission la plus profonde, la plus réelle du roi-messie. Voilà sa tâche essentielle : transmettre la vérité qui vient du Père et la faire vivre dans le quotidien de l’existence : C’est pour cela que je suis venu dans le monde : pour témoigner de la vérité. Jésus est celui qui nous conduit vers une vie vraie parce qu’elle sera fidèle à l’esprit de Dieu. Par cette transmission de la Vérité qui vient de Dieu, Jésus fait de ses disciples, non des serviteurs mais des amis (Jn 15,14-15), parce que tout ce que j’ai entendu auprès de mon Père, je vous l’ai fait connaître. Au soir du Dernier Repas, Jésus avait dit : Je suis le chemin vers la vérité de la vie (Jn 14,6). Peut-on encore parler d’un Christ-roi ? Oui... si la parole de Jésus -telle que vécue par ses disciples d’aujourd’hui- est encore et toujours une parole d’espérance pour l’opprimé, une parole d’appel à la conversion pour l’oppresseur. Mais ce message de libération, l’Église des disciples ne pourra jamais l’imposer par la force. Elle ne pourra qu’en témoigner par la vie de ses communautés et par l’engagement de ses membres dans la cité humaine. « Jésus est roi, là où l’être humain se convertit, là où il renverse la table des valeurs reçues : mieux vaut être pauvre qu’exploiter les autres, mieux vaut être persécuté que persécuteur, mieux vaut être doux que violent. Aucune structure sociale ne produit de soi ce renversement » (C. Duquoc, Assemblées du Seigneur, p. 77). Un tel renversement ne peut se faire que par la force de l’amour de Dieu, puisé en Jésus son premier-né, Celui que Dieu a engendré pour témoigner de cette vérité.

Chers frères et soeurs !

A la fin de chaque messe, nous sommes envoyés dans le monde. Nous y rencontrerons toutes sortes de situations, des joies mais aussi des peines, des souffrances, des épreuves. Le Christ roi de l’univers voudrait nous inviter à porter sur chacun le même regard que lui, un regard rempli de son amour et de sa tendresse. Il compte sur nous pour leur dire inlassablement que le mal n’aura pas le dernier mot. C’est l’amour qui triomphera. Demandons au Seigneur qu’il nous donne force et courage pour travailler activement à son règne de miséricorde, de vérité et de paix.


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