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La veillée pascale au coeur de la foi chrétienne
dimanche 12 avril 2009
par Boutros Khalil

Des milliers de chrétiens se rassembleront hors de l’Église, dans la nuit. Ils allumeront et béniront un feu... Rien de bien original, sauf que... par ce geste ils affirment qu’au cœur de notre nuit, il y a une lumière.

Cette lumière c’est le Christ Jésus, Parole de Dieu. "Au commencement était la Parole, et la Parole était avec Dieu, et la Parole était Dieu". "Elle est venue dans le monde. Elle était la vie, la Lumière des hommes", "Et la lumière brille au milieu des ténèbres. (Jean, ch. 1)"

La première étape de la veillée, c’est dehors, dans la nuit, c’est-à-dire dans la nuit des hommes, dans la nuit du monde, dans notre nuit :"Christ notre lumière ! C’est toi qui éclaires ! C’est toi qui réchauffes ! C’est toi qui rayonnes ! " Dans l’Église illuminée par les flammes de nos bougies, nous entrerons et nous nous tiendrons devant Dieu pour lui dire toutes les raisons que nous avons de le chanter. Cette première étape se termine par une prière d’action de grâces qui évoque quatre nuits considérées comme des appels à passer des ténèbres à la lumière.

La nuit des origines.

La première évocation fait référence au livre de la Genèse ch.3. Elle évoque le moment où Adam et Ève se lèvent contre Dieu, dans le désir d’être "comme Dieu". Au lieu de vivre en partenaires, en dialogue avec Dieu, ils écoutent la voix intérieure qui les incite à être comme Dieu, à prendre la place de Dieu. Choisir contre Dieu, c’est se détourner de la lumière, c’est entrer dans la nuit. Recevoir la relation au Dieu Père, Fils et Esprit, c’est s’ouvrir à la lumière. A Chacun de nous aujourd’hui, il est aussi proposé de devenir partenaire de Dieu d’entrer en alliance avec lui, de faire partie de sa famille. On peut ne pas connaître ni comprendre cet appel. On peut également le refuser.

La nuit de l’exode. C’est le moment du passage, de la délivrance, du pays d’Égypte vers une terre autre. Le récit se trouve au livre de l’Exode aux ch.12 à 15. Le passage de la Mer Rouge est une étape vers la rencontre au Sinaï, là où le peuple des hébreux, guidés par Moïse fera alliance avec le Yahvé

La nuit du tombeau

Le Christ est passé par la mort. Nous croyons qu’il est passé de la mort à la vie. C’est au cœur de la nuit du tombeau, nuit de l’épreuve que naît la foi en la résurrection. Nous croyons que le Christ arrache au mal tout homme qui met sa foi en lui. Il lui donne la grâce de renaître à la vie, et de vivre dans la grâce de fils de Dieu.

La nuit d’aujourd’hui :

Notre passage aujourd’hui, comme au jour de notre baptême. Par le baptême, nous avons été plongés dans la mort du Christ et ressuscité avec lui à la vie de Dieu. Nous recevons de lui la force qui purifie du péché et nous rend agréables devant Dieu. Heureuse nuit où le ciel s’unit à la terre, où l’homme rencontre Dieu. Entrés dans l’Église, après avoir acclamé le Christ Lumière pour le monde, les chrétiens écoutent plusieurs morceaux choisis parmi les deux mille pages que compte la Bible (Ancien et nouveau Testament). Habituellement, deux ou trois lectures de l’Ancien Testament sont retenues sur les sept proposées.... Ouvrir la bible est, d’une certaine manière ouvrir la mémoire de la famille. C’est souhaiter se ressourcer pour continuer la route tracée par des prédécesseurs. Le souhait est d’ouvrir un chemin de compréhension et de méditation. Parole écrite pour des croyants, c’est à nous, aujourd’hui, de la rendre actuelle.

Méditons l’Evangile de Marc(16, 1-8)

Quelques lignes, et c’est tout. Marc est plutôt discret sur le fait de la résurrection, et cela devrait nous inviter à méditer les quelques phrases qu’il fait dire au messager de service : "N’ayez pas peur ! Vous cherchez Jésus de Nazareth, le Crucifié ? Il est ressuscité : il n’est pas ici. Voici l’endroit où on l’avait déposé. Et maintenant, allez dire à ses disciples et à Pierre : "Il vous précède en Galilée." Là, vous le verrez, comme il vous l’a dit.

De fait, les habitants de Jérusalem ont pu voir la croix dressée au bord d’un chemin. Mais personne n’a assisté au fait lui-même de la Résurrection, et le Christ vivant de sa vie nouvelle ne s’est montré -d’une manière qui nous échappe- qu’à de rares témoins. Nous croyons donc sur parole. L’apôtre Paul dira que la foi vient de l’écoute de la Parole du Christ. Entendre la parole devient espérance, car la résurrection de Jésus est promesse de notre propre résurrection. Cela passe par le témoignage des premiers chrétiens, qui affirment envers et contre tous, comme Paul : "Ce n’est plus moi qui vis, c’est Christ qui vit en moi". Actes des apôtres d’hier, actes des chrétiens d’aujourd’hui, et une même foi : Christ est vivant et me donne de vivre de sa vie.

En attendant, comme les gens de Jérusalem, nous n’avons sous les yeux que la croix : croix de tant de gens sacrifiés à des intérêts économiques ou politiques ; croix dressées par la cruauté humaine, croix de nos maladies et des misères de notre vieillesse. Bien sûr, il y a des résurrections, comme le printemps qui revient après la mort hivernale ou la santé retrouvée... Tout ce qui réussit dans nos vies a quelque chose à voir avec la Résurrection ; mais cela ne devient pour nous signes et promesses qu’à partir de la foi source d’espérance.

En attendant la réalisation de la promesse, nous avons souvent ce qui ressemble à la traversée du désert. Nous avons le pain de l’eucharistie célébrée ensemble pour nous ressourcer... nous avons à devenir ensemble le corps du Christ ressuscité, tendus dans l’espérance d’une vie renouvelée, corporelle et spirituelle. Nous essayons d’en prendre le chemin, dès aujourd’hui, inspiré par le même Esprit qui a inspiré le Christ Jésus.

Après l’écoute..., la réponse.

Après avoir pris connaissance du contenu de la foi et de ses implications dans l’histoire quotidienne d’hier et d’aujourd’hui voici donc le temps de la réponse proclamée et célébrée. L’assemblée est tournée vers l’eau du baptême. Baptisés et futurs baptisés sont invités à exprimer leur foi : * en Dieu créateur et Père * en Jésus fils de l’homme et fils de Dieu qui renoue l’alliance rompue entre l’humanité et son Père * en L’Esprit-Saint qui continue l’œuvre du Christ au cœur des hommes et dans l’Église

En signe du passage avec Jésus, nous devrions plonger dans l’eau du Jourdain, quitter la rive ancienne de notre vie loin du Christ, passer sur l’autre rive, transfigurés dans une vie renouvelée. De ce geste, il nous reste aujourd’hui l’eau que le prêtre fait couler sur le front des baptisés, et l’aspersion par l’eau du baptême. En même temps, nous traçons sur notre corps le signe de Jésus, car désormais, nous vivons au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit. Nous pouvons alors passer à l’étape suivante : Devenir corps du Christ

Comme l’eau se mêle au vin, puissions-nous être unis à la divinité de celui a pris notre humanité : Jésus fils de Dieu fait homme. Voici l’étape décisive, celle qui se renouvellera chaque dimanche, mais aussi dans la vie quotidienne : que nous vivions en mémoire du Seigneur Jésus, passé de la mort à la vie. Au cœur de la foi se trouve l’affirmation de foi : " Jésus-Christ est mort, Dieu l’a ressuscité, nous sommes ses témoins". Que l’Esprit-Saint fasse de nous un seul corps, un seul esprit dans le Christ. Offrir le pain et le vin de nos vies, rendre grâce à Dieu Père rappeler la vie, la mort et la résurrection du Christ c’est-à-dire faire mémoire du Seigneur. Recevoir le corps du Christ sous le geste de la communion après avoir redit la prière commune des baptisés : Notre Père... En même temps que les paroles, des gestes viennent signifier ce que nous disons et croyons : nous sommes reliés les uns aux autres et avec le Christ, au souffle de son Esprit. L’assemblée s’est tournée vers la table où le Seigneur nous invite. Nous avons apporté le pain et le vin, fruit de la terre et du travail des hommes En mémoire du Seigneur qui nous a rompu le pain, En mémoire du Seigneur, nous serons le pain rompu. En mémoire du Seigneur qui a fait de nous son corps, En mémoire du Seigneur, nous serons son corps livré. 1. Offrir le pain et le vin 2. Par Lui, avec Lui et en Lui à toi Père, tout honneur et toute gloire 3. Devenir une seule famille et dire : Notre Père, (lire la prière) 4. communier, devenir ensemble communion.

Après la communion c’est le temps de l’action de grâce, du merci à Dieu, qui nous aime et veut qu’aucun de ses enfants soit séparé de lui.

Au commentateur sportif qui dirait "maintenant la messe est dite !", j’ai envie de lui répondre : mais non, la troisième mi-temps commence : Allez porter au monde entier la paix de Dieu. C’est ce qu’on appelle "l’envoi". Cette cinquième étape n’est pas écrite dans les livres ; c’est à toi, c’est à moi de l’écrire, jour après jour dans les gestes de la vie quotidienne, dans l’élaboration et la participation avec d’autres pour une vie plus fraternelle... y’à du boulot ! Je ne te le fais pas dire ! Raison de plus pour commencer tout de suite.


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