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Dimanche des Rameaux et de la Passion
dimanche 5 avril 2009
par Boutros Khalil

Chers frères et sœurs !

Nous célébrons en ce dimanche, une semaine avant Pâques, le plus grand événement de la vie du Seigneur : son entrée triomphale à Jérusalem. En ce jour-là, en effet, Jésus anticipe et réalise déjà, d’une certaine manière, son retour glorieux et triomphal de la fin des temps.

Il est d’usage, lors du dimanche des Rameaux, de rentrer en procession dans l’église pour commémorer l’entrée de Jésus à Jérusalem. L’atmosphère qui ressort du récit évangélique est joyeuse et festive, et derrière les chants d’acclamations qui accompagnent l’entrée du Christ dans la ville sainte s’annonce déjà son triomphe définitif sur la mort et le péché durant la nuit pascale. L’espérance d’être sauvés et de ressusciter avec lui pour vivre dans la Patrie céleste de sa vie divine se trouve ainsi mise devant nos yeux.

Chers frères et sœurs !

Dans l’Evangile proclamé juste au début de la procession, Jésus est désigné comme « Celui qui vient au nom du Seigneur » pour restaurer enfin la royauté promise à David pour sa descendance. Jésus est donc bien le Messie attendu par Israël, ce roi humble, juste et victorieux, qui restaurera la cité sainte de Jérusalem. En lui se réalise pleinement la prophétie messianique de Zacharie : « Crie de joie, fille de Jérusalem ! Voici ton roi qui vient à toi : il est juste et victorieux, humble, monté sur un ânon tout jeune » (Za 9, 9).

Cette joyeuse foule avait bien raison. Jésus est vraiment l’envoyé de Dieu. Mais c’est un autre chemin qu’il prendra quelques jours plus tard. Au lieu d’aller vers le temple de Jérusalem, c’est vers le Calvaire qu’il montera. Il ne sera plus là comme un roi au milieu de ses sujets mais comme un malfaiteur condamné à la mort la plus humiliante, celle qui était réservée aux criminels et aux terroristes. Il devra porter lui-même sa croix, une croix lourde de tous nos péchés.

C’est pour le salut du monde que le Christ a donné sa vie sur la croix. Quand une personne est malade et à moitié inconsciente, le seul moyen de la sauver c’est une perfusion. Notre monde malade a lui aussi besoin d’une perfusion d’amour. C’est cela qui va se passer au cours de la semaine sainte. Le Christ est descendu au fond de notre désespérance pour y déposer cet amour qui vient de Dieu. Au-delà de la nuit, il fait naître un jour nouveau. Il n’y a plus aucune obscurité qui échappe à sa présence.

Chaque année, d’une manière toujours plus réelle, car plus proche de sa réalisation finale, cette solennité permet à l’Eglise et, par elle, au monde entier d’acclamer le Fils de Dieu comme le vrai Roi de l’Univers, celui à qui tout doit être soumis, au ciel, sur terre, et dans les enfers. Chaque année, dans la foi au Fils de Dieu mort et ressuscité, l’Eglise célèbre cette liturgie céleste où le Seigneur des Seigneurs et le Roi des Rois est vraiment reconnu par tous pour ce qu’il est réellement : Créateur et Maître !

En ce dimanche, je voudrais attirer votre attention sur un homme qui passe inaperçu dans ce long récit de la Passion. Et pourtant, il aurait beaucoup de choses à nous dire. Il s’agit de Simon de Cyrène, celui qui a aidé Jésus à porter sa croix sur le chemin du Calvaire. Nous ne savons pratiquement rien de lui sinon qu’il était originaire de Cyrène. Et Cyrène c’est en Afrique du Nord. C’était donc un étranger. Cet homme finissait sa matinée de travail et il rentrait chez lui pour un repos bien mérité. Mais les soldats romains l’ont réquisitionné pour porter la croix de Jésus. Ce qui nous frappe chez Simon c’est son anonymat mais aussi la place privilégiée qu’il a prise dans le mystère de la Passion du Christ. C’est un anonyme. On n’a pas reparlé de lui. Il n’a pas eu sa place dans le catalogue des saints. Il est entré dans la nuit et l’oubli de l’histoire. Et pourtant… on peut dire qu’il a eu une place extraordinaire. Il est le seul qui a porté la croix du Christ. Il était seul à côté de lui. En acceptant cela, il a été le partenaire de l’événement le plus bouleversant de l’histoire : C’est le chemin de croix où Dieu lui-même a donné sa vie pour que tous les hommes soient sauvés. En cette heure d’épreuve extrême, Dieu a besoin d’un homme. Simon qui ne faisait que passer par là est devenu le premier disciple de Jésus. Sans le savoir il a répondu à l’appel de celui qui avait dit : “Celui qui veut être mon disciple, qu’il prenne sa croix et qu’il me suive !” Et voilà que Simon a pris la place de disciple bien avant les Douze qui s’étaient enfui, bien avant cet autre Simon qui l’avait renié. Il s’est compromis avec un homme condamné, rejeté et méprisé de tous. Ce Simon de Cyrène est le frère de gens très simples. Pensons à tous ceux et celles qui se dévouent au service des plus pauvres, des exclus. Nous vivons dans un monde dur. Beaucoup de jeunes sont inquiets pour leur avenir. La solitude de certains est très lourde à porter. Ils sont de plus en plus nombreux ceux et celles qui sombrent dans le désespoir. Simon de Cyrène nous montre le chemin de la solidarité. Lui le lointain s’est fait le prochain. Comme lui, nous entendons l’immense appel à porter les croix les uns des autres. Chacun de nous pense à ce malade que l’on va visiter chez lui ou à l’hôpital, ce prisonnier avec qui on reste en contact, cette personne déprimée qui a besoin d’être écoutée et encouragée. Dans bien des familles chacun a ses problèmes et ses souffrances. Mais il est important que des personnes soient là pour aider celui ou celle qui souffre à porter sa croix. A travers tous ces souffrants que nous croisons sur notre route, c’est Jésus qui est là. Tout ce que nous faisons pour le plus petit d’entre les siens c’est à lui que nous le faisons.

Chers frères et sœurs !

Nous allons vivre ensemble cette semaine sainte. Pour tous les chrétiens du monde entier, c’est un moment important de l’année. Avec Simon de Cyrène, nous suivrons Jésus sur le chemin du Calvaire. Sa mort, le vendredi saint, n’est pas un point final. Elle est un « passage » de ce monde vers le Père. C’est ainsi que Jésus est venu nous ouvrir un chemin qui permet à toute l’humanité d’entrer dans la gloire du Père.

« Seigneur, fais-nous la grâce, durant cette semaine sainte, d’être renouvelés dans notre attachement à ta personne. Fais-nous la grâce de savoir te contempler et t’écouter dans ta Passion, t’écouter parler à notre cœur, t’écouter nous dire : « Tu comptes beaucoup pour moi. »

Amen.

Claye souilly le 04/04/09


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