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“Détruisez ce Temple, et en trois jours je le relèverai.”
dimanche 15 mars 2009
par Père Boutros Khalil

Chers frères et sœurs !

Les deux premiers dimanches du Carême étaient centrés l’un sur l’effort quadragésimal (avec la tentation du Christ au désert), l’autre sur le but de cet effort, la gloire pascale (avec l’évangile de la transfiguration).

A partir de ce troisième dimanche, l’attention est centrée sur la mort et la résurrection de Jésus. Paul médite la folie (l’aspect mort) et la sagesse (l’aspect résurrection) de la croix (deuxième lecture). De même le Christ se dit le Temple qui va être détruit par la mort et reconstruit en trois jours à la résurrection (évangile). La première lecture suit son chemin parallèle qui s’arrête aux étapes majeures de l’Alliance. Après l’Alliance conclue avec Noé (premier dimanche), avec Abraham (deuxième dimanche), nous voici à celle du Sinaï.

Chers frères et sœurs !

Ces dix commandements se résument à deux : Respect de Dieu et respect des autres. Dans un monde marqué par des intolérances de toutes sortes, ce texte biblique vient nous ramener à l’essentiel : Dieu et les autres. Plus tard, Jésus nous dira : Amour de Dieu et amour du prochain. Il précisera même que le prochain c’est celui dont je me fais proche. Saint Jean résumera ces deux commandements en un seul : “Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés”. Il précisera que la seule façon d’aimer Dieu c’est d’aimer les autres. Celui qui prétend aimer Dieu qu’il ne voit pas et n’aime pas son prochain qu’il voit est un menteur.

Durant ce carême et tout au long de notre vie, Dieu ne cesse de nous manifester son amour. Nous avons vu comment il a fait alliance avec les Hébreux. En Jésus Christ, il continue nous rejoindre pour être proche de nous et nous guider sur le Chemin de la Vie. Cette alliance qu’il fait avec nous appelle une réponse de notre part. Dieu fait le premier pas vers nous mais pour que la rencontre soit possible, il faut bien que nous fassions le second vers lui. Voilà ce programme qui nous est proposé pour ce temps du carême : Revenir vers Dieu, nous laisser guider par sa Parole et le suivre sur le chemin qu’il nous montre.

Dans la seconde lecture saint Paul nous invite à faire un pas de plus. La loi de Moïse c’est quelque chose d’important car elle ouvre à la vie. L’homme est appelé à s’y conformer. Cette loi nous montre le péché mais elle ne sauve pas. Le seul qui peut nous sauver c’est Dieu. Si nous voulons comprendre quelque chose à l’amour de Dieu c’est vers la croix du Christ qu’il nous faut regarder. A l’époque, c’était absolument impensable de prêcher un Messie crucifié. Les crucifiés de l’époque étaient soit des terroristes, soit des assassins. Or Jésus a accepté la mort la plus redoutée et la plus méprisée. Il voulait ainsi signifier que l’amour du Père pour l’humanité allait jusqu’au bout de l’infinie tendresse. C’est la folie de Dieu qui fait confiance à tout homme. Aimer comme Dieu aime ne se comprend qu’en regardant la croix.

L’évangile nous présente Jésus qui chasse les marchands du Temple de Jérusalem. Les prophètes avaient prédit que le Messie viendrait dans le Temple pour le purifier de ses impuretés et chasser les marchands de la maison du Seigneur (Za 14,21). En chassant les marchands, les changeurs, Jésus se pose en réalisateur de la prophétie. Il est donc le Messie. Les Juifs (Jean réserve ce mot aux chefs) ne s’y sont pas trompés, surtout qu’il parlait de la maison de son Père. Quelle prétention ! Comme s’il était chez lui ! Ils l’interpellent : de quel droit ? Peux-tu justifier ce que tu fais là ? Quelles preuves, quels signes peux-tu nous donner ?

Jésus leur donne le signe le plus fort de sa messianité, un signe plus blasphématoire encore : Détruisez ce temple et je le relèverai en trois jours. Jean note que le Temple dont parlait Jésus, c’était son corps.

Détruisez-moi, tuez-moi sur la croix ; le troisième jour je ressusciterai. Voilà la grande nouveauté : le Temple, le lieu où Dieu se rend présent et où l’homme peut rencontrer Dieu c’est Jésus le crucifié, ressuscité d’entre les morts, vivant à jamais.

Jésus est un Temple totalement pur où il n’y a de place pour aucun marchandage mais où tout est gratuit, pure grâce. Jésus, en fait, que ce soit avec son Père ou avec ses frères, vit la logique du don, de la gratuité et de la liberté de l’amour authentique. Et Jésus aime jusqu’au point le plus extrême, jusqu’à donner sa vie pour ses amis.

Après la résurrection, les disciples, illuminés par l’Esprit Saint, ont compris que la passion de Jésus pour la maison de Dieu s’est exprimée dans sa passion à lui : en souffrant, en mourrant et en ressuscitant, il a construit la nouvelle maison de Dieu, le Temple nouveau et indestructible. Dès lors, tout homme aura accès au Père « en Christ », en étant en lui comme dans un temple. Nous avons ici ce qui constitue l’ossature de toute vie chrétienne que nous trouvons exprimée dans la liturgie eucharistique à travers ces paroles prononcées par le prêtre au moment de l’élévation : « Par Lui (le Christ), avec Lui et en Lui, à toi Dieu le Père tout-puissant, dans l’unité du Saint Esprit… »

Celui qui veut entrer dans le Temple doit entrer en Jésus. Il doit entrer non pas animé par un esprit mercantile, mais par l’esprit de Jésus, l’Esprit de l’Amour gratuit pour le Père et pour ses frères en humanité. Nous aussi nous avons sans doute à chasser les vendeurs du temple : refuser toutes les formes de religiosité qui sont, plus ou moins ouvertement, des relations de donnant-donnant avec Dieu. Cela est typique des religiosités naturelles où l’on doit sacrifier quelque chose à Dieu pour obtenir en retour ses faveurs. Ce n’est pas alors notre Père céleste que nous adorons mais une idole, adoration qui peut cacher une idolâtrie que nous nous portons à nous-mêmes. Car Dieu est alors instrumentalisé, réduit à un moyen pour atteindre nos fins. C’est ici qu’il nous faut réentendre ces paroles de la première lecture : « Tu ne te feras aucune idole, car moi, le Seigneur ton Dieu, je suis un Dieu jaloux”. Mais comment tromper le Seigneur qui connaît mieux que nous-mêmes ce qui habite le fond de notre cœur ! La liturgie de ce jour nous invite à lui demander de débarrasser nos cœurs de toute intention de marchandage dans notre relation à son Père et notre Père. En effet, nous devons bien reconnaître combien il nous est difficile de faire le bien gratuitement sans penser avoir des droits sur Dieu et exiger en retour quelques faveurs.

Chers frères et sœurs !

« Seigneur Jésus, viens chasser les marchands qui habitent nos cœurs. Tu nous fais la grâce de nous savoir aimés en toi gratuitement et de pouvoir alors renoncer à nos vains calculs humains – qui ne cessent de renaître en nous sous des formes toujours nouvelles et inattendues – pour entrer dans la liberté de l’amour. Béni sois-tu ! »


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