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1er Dimanche de l’Avent
dimanche 30 novembre 2008
par Père Boutros Khalil

“Prenez garde, veillez : car vous ne savez pas quand viendra le moment. (Mc 13,33)

Chers frères et sœurs !

Avec ce 1er dimanche de l’Avent, s’ouvre une nouvelle année liturgique, que l’on appelle l’année B et où nous lisons principalement le récit de Marc. Le mot Avent (à ne pas confondre avec avant) signifie avènement, venue. C’est le temps où nous redécouvrons toutes les dimensions de la l’attente chrétienne. Ce temps liturgique de l’Avent sera le temps de la préparation à la fête de Noël où l’on célèbre la première venue du Christ Jésus, il y a plus que 2000 ans. Mais ce sera aussi l’attente de la seconde venue du Seigneur. C’est d’elle que nous parle le texte de ce jour.

Chers frères et sœurs !

Nous commençons l’Avent de cette nouvelle année liturgique avec une consigne précise de la part de notre Seigneur : « Veillez ! ». C’est une invitation à être attentif aux signes de la nouveauté chrétienne dans l’attente de son plein accomplissement lorsque notre Seigneur viendra dans la gloire et nous ressuscitera avec lui. Car c’est bien cela que nous attendons : ressusciter en Christ pour ne faire plus qu’un avec lui. Veiller c’est savoir que nous sommes responsables. A nous de ne pas manquer ce rendez-vous avec le Christ. Dans un monde qui croit pouvoir oublier Dieu, l’indifférence nous guette facilement. Le temps de l’Avent nous invite à revenir "au cœur de la foi" et à témoigner des valeurs de l’Evangile dans ce monde qui est le nôtre.

Il importe donc de veiller (le mot revient quatre fois) d’une vigilance active. Car l’homme parti en voyage (le Christ qui nous a quittés pour un temps aussi imprécis que les voyages d’alors) a donné tout pouvoir à ses serviteurs : il a fixé à chacun son travail. Au portier est particulièrement recommandé de veiller ; il peut s’agir ici de Pierre et des évêques (du mot épiscopos : sur - veillant) qui doivent veiller encore plus que les autres.

Que signifie cette insistance à veiller, à ne pas dormir ? Veiller ne signifie pas seulement penser au dernier Jour et méditer... Il ne s’agit pas d’une attente passive. Être témoin de la lumière de l’Évangile ne signifie pas seulement que le chrétien doit annoncer la Parole de Jésus. Il doit en être le témoin parce qu’elle inspire sa vie quotidienne. Le disciple de Jésus est appelé à réaliser la présence divine en ce monde en faisant fructifier le don de la bonté qu’il a reçu de son Maître et Ami. En agissant avec bonté, en accueillant les affamés et les malades, le chrétien est éveillé à la présence de l’Esprit qui l’interpelle à travers eux. En effet, ce sont souvent ces humbles et ces marginaux qui nous précèdent dans l’amour de Dieu.

À travers la nuit du monde, nous pouvons être de "petites lumières", chacun selon notre capacité, selon le talent reçu de Dieu. Une attention à un plus petit, à celui que la société marginalise, c’est ce qui nous fait rejoindre secrètement l’Esprit du Ressuscité qui vit et agit dans le coeur des mal-aimés. Enfin, veiller à la venue du Ressuscité n’est-ce pas aussi lutter contre l’injustice, une injustice qui renaît sans cesse dans la nuit du monde ? Dans le contexte de la mondialisation des marchés, la priorité de bien des gouvernements va de plus en plus vers la bonne santé des finances. C’est ici qu’au nom de l’Évangile peut intervenir le veilleur, en interpellant les décideurs afin qu’on porte attention aux plus démunis. « Une société est jugée au regard qu’elle porte sur les blessés de la vie et à l’attitude qu’elle adopte à leur égard » (Jean-Paul II lors d’un voyage en France).

Ne risquons-nous pas de ne plus attendre la venue du Maître ? Être dans la lumière du Christ ne signifie pas que nous sommes sortis de ce monde de la nuit. Même si le Père nous a arrachés au pouvoir des ténèbres et nous a transférés dans le règne du Fils de son amour -comme dit Paul aux Colossiens (1,13)-, nous continuons à vivre dans le temps de la nuit. En tout moment nous courons le risque de tomber, de céder aux puissances du Mal.

Ce Mal peut prendre toutes sortes de formes : la course à la richesse, le refus de partager, la volonté de dominer... ou des formes plus sournoises comme l’accoutumance au mensonge... Il n’y a donc rien d’acquis dans notre attachement au Christ. Même si son Évangile fait de nous des "ressuscités" -dans la mesure où nous essayons de le vivre quotidiennement-, nous pouvons toujours nous laisser endormir par ce que le monde présente.

Il faut toujours être en état de veille pour discerner l’Esprit oeuvrant dans tous les coeurs de bonne volonté. Le poète indien Tagore traduisait ainsi ce passage discret de Dieu dans le monde : « N’avez-vous pas entendu son pas silencieux ? Il approche, Il approche, Il approche. À tout instant, à tout âge, chaque jour et chaque nuit, Il approche... » Depuis l’aube de Pâques, le Dernier Jour de l’humanité est commencé. C’est avec tous les veilleurs, avec tous ceux qui croient en l’amour, en la bonté, qu’il nous faut faire monter vers le Seigneur notre humble appel pour qu’Il vienne sans cesse parmi nous, pour que nous sachions reconnaître sa présence ; même si les chemins de Dieu nous semblent bien souvent déconcertants.

Chers frères et sœurs !

Tout au long de ce temps de l’Avent, nous nous rappelons sans cesse la fidélité de Dieu à son projet. Nous y puiserons la force de le faire avancer, chacun à notre mesure. C’est le moment de réorienter notre vie vers Celui qui est notre chemin, notre vérité et notre vie. Il est toujours là pour former nos esprits et nos cœurs, ouvrir nos yeux et nos oreilles, afin que nous regardions la vie autrement. Notre façon d’aimer et d’espérer peut s’en trouver renouvelée. L’important c’est de nous tenir éveillés et capables de reconnaître le Seigneur présent sur les chemins du monde. C’est à ce prix que nous pourrons vivre Noël "autrement".

Tu es venu, Seigneur, dans notre nuit, tourner vers l’aube nos chemins ; Le tien pourtant reste caché, l’Esprit seul nous découvre ton passage. Pour nous mener au jour, Tu as pris corps dans l’ombre humaine où tu descends. Beaucoup voudrait voir et saisir : sauront-ils reconnaître ta lumière ? Nous leur disons : « Voyez le grain qui meurt ! Aucun regard ne l’aperçoit ; Mais notre coeur peut deviner dans le pain du partage sa présence. » Puis nous portons vers toi, comme un appel, l’espoir des hommes d’aujourd’hui. Mûris le temps, hâte le Jour, et que lève sur terre ton Royaume !


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