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Emmanuelle, Pierre.... et nous.
dimanche 30 novembre 2008

Une société ne peut laisser sur le bord de la route certains de ses membres sans se renier elle-même.

Avec le départ de Sœur Emmanuelle, après celui de l’Abbé Pierre, notre société française a perdu la deuxième de ses plus grandes figures symboliques.

Non pas que leurs appels au partage et à la solidarité, ni le témoignage de leur engagement pour la dignité, fussent suivis de beaucoup d’effets, réveillant difficilement des consciences collectives promptes à s’assoupir. Mais ils manifestaient, avec leur liberté de ton, avec leur parole non-conformiste, quelque chose que notre société ressent confusément comme fondamental, et qu’elle a besoin d’entendre pour ne pas se perdre totalement : qu’une société ne peut courir uniquement après « l’avoir » en oubliant « l’être », qu’elle ne peut laisser sur le bord de la route certains de ses membres sans se renier elle-même.

Sœur Emmanuelle, comme l’Abbé Pierre, un brin cabotins, n’étaient pas des « saints » et se prenaient parfois dans le tapis de leur image médiatique. Mais ils montraient qu’il est possible de ne pas succomber à la somnolence dans laquelle le modèle ambiant nous fait doucement glisser. De manière joyeuse ou prophétique, ils nous rappelaient que l’attitude humaine est de rester en éveil.

C’est tout à l’honneur des chrétiens que l’Evangile ait ainsi façonné de telles vies. D’autres chrétiens et non chrétiens, obscurs et cachés, portent au milieu de nous cette même nécessité d’une conscience éveillée.

Mais en ces périodes où notre société française se trouve à des carrefours de sens, il ne serait pas de trop de voir de lever de nouvelles Sœur Emmanuelle, de nouveaux Abbé Pierre, libres et enracinés, pour parler à temps et à contre temps des exigences de l’humanité. Sans crainte d’interpeller les « grands » et de choisir les « petits ». Et faire ainsi résonner de manière toujours nouvelle l’indémodable Evangile.

François Boëdec ( Jésuite ) . Revue Croire Aujourd’hui ( décembre 2008 )


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