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La Sainte Trinité
dimanche 18 mai 2008
par Père Boutros Khalil

Que la grâce du Seigneur Jésus Christ, l’amour de Dieu et la communion de l’Esprit Saint soient avec vous tous. 2 Co 13,13

Chers frères et sœurs

Le Pape Jean XXII instaura, en 1334, une fête de la Saint Trinité en l’étendant seulement à tout le rite romain latin. Cette fête ne s’est pas établie par simple dévotion. Elle s’est voulue la confession annuelle et solennelle, humble et reconnaissante, du plus grand de tous les dogmes, du mystère central de la foi chrétienne. Elle voulait nous rappeler cette dignité, cette perfection possible qui est la nôtre.

Aujourd’hui cette liturgie est loin d’être inutile. Au nom d’un dialogue inter-religieux, nous risquons de ne plus affirmer aussi clairement le dialogue de Dieu en sa Trinité. Le Seigneur est Dieu (transcendant) là-haut dans le ciel, comme (immanent) ici-bas sur la terre, et il n’y a pas d’autre. Il n’y en a pas d’autre que Dieu en sa trinité. « De toutes les nations, faîtes des disciples, baptisez-les au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. Apprenez-leur à garder tous les commandements que je vous ai donnés »

En affirmant cela, le chrétien n’est pas moins monothéiste qu’un autre croyant en Dieu Unique. Le mystère trinitaire n’est pas une forme déguisée d’un polythéisme de fait. Trois Dieux ? Non ! Le Christ nous a affirmé cette unité de Dieu. Au moment du baptême, en versant l’eau de la grâce divine, le prêtre le signifie par cette conjonction : « Le Père ET le Fils ET le Saint-Esprit. ». Il se peut que nous n’ayons pas souvent l’occasion de s’arrêter sur cette formule extraordinaire de notre foi. Première formulation du mystère de la trinité : l’expression « Au nom de », très habituelle dans la Bible, signifie qu’il s’agit d’un seul Dieu ; en même temps les trois Personnes sont nommées et bien distinctes : « Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit ». Si l’on se souvient que le NOM, dans la Bible, c’est la personne, et que baptiser veut dire étymologiquement « plonger », cela veut dire que le Baptême nous plonge littéralement dans la Trinité.

Chers frères et sœurs

En quoi ce récit évangélique d’aujourd’hui est-il un récit sur la Trinité ? Certes, nous n’avons pas ici une formulation semblable à celle d’un Credo : « Je crois en Dieu Père, en Jésus Fils Unique du Père, en l’Esprit saint. » Mais posons une question préalable : vivons-nous vraiment cette description de Dieu ? Quand nous pensons à Dieu, pensons-nous vraiment à trois personnes ? Ou pensons-nous à une même personne qui prend des noms différents ? Nous sommes en effet bien souvent tentés de simplifier : soit en nous représentant Dieu comme une Unique personne sous 3 aspects : Père (c’est Dieu dans son éternité), Fils (Dieu-Père qui se fait humain), Esprit (Dieu-Père qui vit en nous) ; soit en distinguant si fortement les Trois que nous en faisons trois Dieux, au grand scandale des Juifs et des Musulmans pour qui Dieu est unique. Jean-Noël Bezançon, dans son livre Dieu n’est pas bizarre, parle ainsi de la Trinité : « Dans le Nouveau Testament, le nom de Dieu reste le nom propre de la personne du Père. De même, dans le Credo de l’Église, à l’origine, "Dieu" c’est le nom du Père. Toutes les formules anciennes de ce Credo sont construites sur la triple affirmation : « Nous croyons en un seul Dieu le Père et en un seul Seigneur Jésus Christ et au Saint Esprit. » Triple confession de foi qui correspond à la triple immersion du baptême » (p. 57-58). Le Credo met l’accent sur les relations entre Dieu le Père et Jésus et l’Esprit. La vie divine est le don que le Père fait de lui-même à son Fils unique et le don que le Fils fait de lui-même au Père. Et cela dans la communion de l’Esprit. Cette triple relation sera le modèle de notre propre relation à Dieu : nous serons divinisés si nous sommes avec Dieu dans une relation filiale. Paul résumera ces trois "relations" divines dans cette formule : La grâce de Jésus, l’amour de Dieu, la communion de l’Esprit (2 Co 13,13). Ici, Dieu est bien le nom du Père. Dieu Père est Amour qui se donne et donne la vie. Le Fils est Amour reçu du Père gratuitement... il est grâce. L’Esprit est le fruit de l’Amour donné et de l’Amour reçu : il est communion de vie. Ce qui importe pour nous est de vivre ces trois relations divines : devenir, dans la communion de l’Esprit, fils du Père, avec le Fils premier-né : Jésus. L’expérience d’une vraie relation filiale est indispensable pour notre épanouissement. N’est-elle pas l’expérience de notre limite, de notre finitude ? Le centre de mon existence est en dehors de moi. J’ai été projeté dans la vie par d’autres. Et cette expérience d’être engendré d’un autre est condition de l’amour vrai. Un amour qui regarde chaque autre comme irréductiblement différent de moi. Le respect de l’autre comme unique est nécessaire à toute vraie communion. Ces relations paternelle (le don), filiale (l’accueil), fraternelle (la communion), si elles sont vécues en vérité, sont pour nous -dès maintenant- notre manière de vivre à l’image de Dieu Père, du Fils et de l’Esprit. Si la famille de sang est le lieu premier de ces relations, la famille de foi, la communauté chrétienne, en est le lieu second. Milieu tout aussi important et essentiel pour devenir fils et fille de Dieu. Or, combien de chrétiens vivent un vrai groupe fraternel de chrétiens où se tissent nos liens avec le Père par l’imitation de Jésus le fils unique ?

Chers frères et sœurs

Nous sommes créés par un Dieu d’amour qui veut nous « combler de sa bénédiction spirituelle en Jésus Christ » (Ep 1, 5) en qui « nous avons accès auprès du Père dans un seul Esprit ; en lui nous sommes devenus citoyens du peuple saint, membres de la famille de Dieu » (Ep 2, 18-19). Telle est notre espérance et la source de notre joie. C’est pour nous encourager à persévérer sur le chemin du Christ qui nous conduit au Père que nous nous rassemblons chaque dimanche. « Que le Dieu de notre Seigneur Jésus Christ, le Père dans sa gloire, nous donne un esprit de sagesse pour le découvrir et le connaître vraiment. Qu’il ouvre nos cœurs à sa lumière, pour nous faire comprendre l’espérance que donne son appel, la gloire sans prix de l’héritage que nous partageons avec les fidèles » (Ep 1, 17-18).

« Dieu notre Père, tu as envoyé dans le monde ta Parole de vérité et ton Esprit de sainteté pour révéler aux hommes ton admirable mystère. Donne-nous de professer la vraie foi en reconnaissant la gloire de l’éternelle Trinité, et en adorant son Unité toute-puissante. »


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