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Moi, je prierai le Père et il vous donnera un autre Défenseur qui sera pour toujours avec vous : c’est l’Esprit de vérité.
lundi 28 avril 2008
par Père Boutros Khalil

Chers frères et sœurs !

Ce dimanche précède immédiatement la fête de l’Ascension. C’est donc sur les adieux du Christ, sur sa promesse de revenir et d’envoyer l’Esprit que se fixe la liturgie. Au centre de la célébration se tient le Christ pascal qui nous donne sa paix, sa joie.

En plus, l’évangile de ce dimanche nous annonce une bonne nouvelle : Nous avons un "défenseur" : C’est Jésus lui-même. Nous le voyons déjà intervenir en faveur de ses disciples au moment de son arrestation : Il les protège, il se livre en demandant de les laisser partir. Ce soutien total du Christ vis-à-vis des siens, nous le retrouvons dans sa prière au soir du Jeudi Saint : "Je les ai gardés… je les ai protégés…" Et il continue d’intercéder pour eux auprès du Père ; saint Jean nous le rappelle dans sa première lettre : "Nous avons un défenseur auprès du Père, Jésus Christ, le Juste." (1 Jn 2. 1)

Chers frères et sœurs !

Aujourd’hui, l’Evangile évoque le moment où Jésus passe de ce monde à son Père (passer : « faire une pâque »). Il sait que ses apôtres vont se sentir orphelins. Après ces années passées ensemble, ce sera très dur pour eux. Mais Jésus vient les rassurer, il vient les aider à surmonter leur désespoir, voilà ce qu’il leur promet : un autre Paraclet. Qui est ce Paraclet ?

Au temps de Jésus, la famille juive est le milieu où se transmet la foi. C’est le père qui est le dépositaire de la Tora, de la Règle de vie divine, de ce qui est alors toute la sagesse de vie transmise de génération en génération. Certes, cette sagesse était mise par écrit, dans la Bible : les Écritures. Mais la Bible était rédigée en hébreu et cette langue n’était plus la langue parlée ; à la synagogue il fallait donc la traduire dans le langage courant : l’araméen. Ce traducteur était appelé, en araméen, le paraklita. Le mot est la simple transposition d’un mot grec : paraklètos. Les Juifs ne l’avaient pas traduit. Le mot grec paraklètos vient d’un verbe qui signifie : appeler quelqu’un auprès de soi. Celui qu’on "appelle près de soi" est un conseiller ou un avocat ou un interprète. Dans nos Évangiles il y a donc plusieurs variantes pour traduire paraclet : l’Esprit avocat ou l’Esprit conseiller ; ou simplement : le paraclet.

Mais revenons à la tradition palestinienne pour bien comprendre le paraclet. C’est le père qui va jouer ce rôle d’interprète de la Tora auprès de ses enfants. Il va interpréter en araméen les formules en hébreu de la Bible. Le père fait répéter par coeur à son enfant les formules de la Tora. Ces formules sont rythmées et chantonnées pour être retenues par la mémoire. Chez nous, ce rôle de la mémoire était très important il y a encore peu de temps. Nous apprenions par-coeur des chansons, des poèmes, des leçons. Mais depuis 50 ans nous avons multiplié les livres et les photocopies. Aujourd’hui les ordinateurs deviennent notre mémoire. La mémoire a aussi un grand rôle dans notre relation avec Jésus : Celui qui a reçu mes commandements et y reste fidèle, c’est celui-là qui m’aime ; et celui qui m’aime sera aimé de mon Père ; moi aussi je l’aimerai, et je me manifesterai à lui.”

Ces commandements de Dieu, Israël les a reçus de Moïse qui les tenait de Dieu, ainsi, de génération en génération, ce sont les pères qui rediront, répéteront ces préceptes à leurs enfants. Cet enseignement de la sagesse de vie -qui vient de Dieu-, c’est cela qui fera le lien fort tissé entre père et fils, entre parent et enfant qui fera la relation paternelle/maternelle et filiale.

L’image du Paraclet est-elle encore parlante aujourd’hui ? C’est dans la tradition de son peuple -où la sagesse se transmettait dans la famille- que Jésus a trouvé les images qui traduisent la relation de l’humain avec Dieu. Or on sait combien la famille est souvent éclatée aujourd’hui. On sait que le savoir est de plus en plus transmis par l’école, voire par l’ordinateur. Internet devient chaque jour une source immense où nous pouvons puiser le savoir. Mais n’y a-t-il pas là un certain danger d’appauvrissement ? Le livre ne peut remplacer le maître. L’écran cathodique ne peut remplacer le contact direct avec la personne. Les premières personnes qui doivent nous transmettre l’Évangile comme parole de vie, sont notre famille de sang. Mais la transmission de la Sagesse de vie ne peut se limiter à la famille de sang.

La famille charnelle doit être relayée par la famille spirituelle : celle composée de tous ceux qui sont à l’écoute de la parole du Père divin. Qui sont ma mère, mes frères, mes soeurs ?, dira Jésus (Lc 8,21) : ce sont ceux qui écoutent la parole du Père et la font, la mettent en application. Voilà pourquoi il faut écouter la parole avec d’autres disciples, entre chrétiens. À travers eux, la parole de Dieu sera vivante et elle nous façonnera. C’est dans cette formation mutuelle que réside la nécessité de la communauté. On ne peut être chrétien sans communauté : sans "pratiquer" la famille spirituelle. Certes la famille de sang peut être cette famille spirituelle. Mais lorsqu’elle ne l’est plus, pour diverses raisons, alors la petite fraternité -l’Église de base- devient plus que jamais nécessaire. Cette petite Église doit nous conduire à Jésus pour nous faire vivre en son nom : Ce discernement de la présence de Jésus n’est pas si évidente chez les baptisés. Jésus ne peut être visiblement vivant au milieu de nous que si nous chrétiens le donnons à "voir", à discerner, que si, ensemble, nous mettons en application sa pratique d’amour, sa pratique de vraie solidarité avec tous ; et d’abord avec ceux dont on piétine les droits humains : aussi bien les chômeurs exclus du droit au travail, que les torturés à cause de leurs idées ou de leur origine ethnique, que ces jeunes enfants qu’on utilise pour faire la guerre des grands...

Chers frères et sœurs !

Celui qui demeure dans l’amour, demeure en Dieu et Dieu demeure en lui (1Jn 4,16). Avec le Christ, dans l’assemblée eucharistique, acclamons Dieu, chantons sa gloire. Et que, avec nous, toute la terre, toutes ces nations dont les foules de Samarie (première lecture) sont le symbole, chantent sa gloire.

Amen.


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