Paroisse de
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Amen, amen je vous le dis : je suis la porte des brebis.( Jn 10,7)
dimanche 13 avril 2008
par Père Boutros Khalil

Chers frères et sœurs

Ce quatrième dimanche de Pâque, dont la liturgie nous présente la parabole du Christ Bon Berger, est traditionnellement choisi comme Journée mondiale de prière pour les vocations.

Nous le savons hélas trop bien : depuis quelques années le nombre des candidats au sacerdoce est en chute libre, et la tendance au redressement, si souvent annoncée, n’est guère significative. Que se passe-t-il ? Le Seigneur cesserait-il d’appeler des jeunes à travailler dans sa vigne ? Ne serait-ce pas plutôt nous qui sommes devenus sourds à ses appels ?

Je dis « nous » bien que l’appel soit bien sûr personnel ; mais pour que le dialogue entre Dieu et son élu puisse s’instaurer, un ensemble de conditions sont requises, qui impliquent la famille, la paroisse, l’école, bref : l’entourage chrétien du jeune que Dieu a choisi. Il est clair que l’appel du Seigneur passe par des médiations ; ou même s’il résonne directement au cœur de l’intéressé, celui-ci a besoin du discernement, du soutien, de la confirmation de son entourage. Or si les proches ne croient plus à la grandeur de la vocation sacerdotale, s’ils ne sont plus convaincus de la grâce extraordinaire qu’elle représente, si leur attitude ou leurs paroles sont plutôt dissuasives, il y a beaucoup à parier que l’appel n’aboutira pas et que la vocation sera avortée.

Chers frères et sœurs

Le pasteur qu’il faut imiter, le véritable pasteur, c’est le Seigneur Dieu lui-même. Tel un pasteur, le Seigneur fait paître son troupeau. De son bras il le rassemble. Il porte sur son sein les agneaux. Il conduit vers la fraîcheur les brebis qui allaitent (Is 40,11).

Cette figure de Dieu est fréquente dans la Bible et spécialement dans les psaumes. C’est le Seigneur qui est notre Dieu. Il nous a faits et nous sommes à lui, nous son peuple et le troupeau de son bercail (Ps 100,3). Le Seigneur est mon berger : je ne manque de rien. Sur des près d’herbe fraîche, il me fait reposer. Il me mène vers les eaux tranquilles et me fait revivre.

Si je traverse les ravins de la mort, je ne crains aucun mal, car tu es avec moi : Ton bâton me guide et me rassure. (Ps 23,1-4). Dans les temps d’épreuve, où le peuple est dispersé, déporté, sans chef, les prophètes vont rappeler la promesse de Dieu d’être le bon berger de son peuple. Dieu choisira et consacrera un pasteur-messie pour guider son peuple. C’est ce que les prophètes annoncent sans cesse, au nom de Dieu : Je susciterai à la tête de mon troupeau un berger unique, un descendant de David. Lui le fera paître et sera pour eux un pasteur. Moi, le Seigneur, je serai leur Dieu et mon serviteur sera roi au milieu d’eux (Éz 34,23).

Ainsi, en s’attribuant le rôle du bon berger, Jésus se désigne comme ce messie envoyé par le Père. Moi, je suis le bon berger ; je connais mes brebis et mes brebis me connaissent, comme le Père me connaît et que je connais le Père (Jn 10,15). Dans les discussions entre Juifs, c’est toujours la même question qui est posée à propos de Jésus : D’où vient cet homme ? Est-il un homme de Dieu ? Et Jésus sans cesse reprend l’affirmation de son lien avec le Père qui seul peut justifier son autorité et sa mission : Ma doctrine n’est pas de moi mais de celui qui m’a envoyé. Celui qui parle de lui-même cherche sa propre gloire ; mais celui qui cherche la gloire de celui qui l’a envoyé, celui-là est véridique (Jn 7,16-18). Je ne fais rien de moi-même mais je dis ce que le Père m’a enseigné (Jn 8,28).

Voilà l’affirmation qui retentit tout au long du récit de Jean : C’est de Dieu que je suis sorti et que je viens. C’est ce lien avec le Père qui est le critère pour discerner le vrai et le faux berger. Le vrai berger, au nom du Père, apporte un message de vie qui est une parole d’amour adressée à chaque brebis : « Tu es aimée de Dieu et, au nom de Dieu, moi je t’aime. » Par ses gestes d’amour, envers la femme adultère comme envers l’aveugle-né, Jésus rend concrète la parole de Dieu que l’on trouve dans le prophète Isaïe : Ne crains pas… je t’ai appelé par ton nom : tu es à moi. Tu comptes beaucoup à mes yeux. Tu as du prix, car je t’aime (Is 43,1.4).

Seul celui qui se laisse aimer de Dieu et qui vit de l’amour de Dieu pourra devenir, à son tour, transmetteur de la vie de Dieu, de son amour. Ainsi a fait Jésus. Ainsi est appelé à faire chacune, chacun de ses disciples. Mission sacrée ! Responsabilité sacrée, au sens littéral : qui appartient au monde divin.

Comment comprendre l’expression : les brebis qui sont les siennes ? Les brebis qui sont les siennes, le vrai berger les nomme par leur nom et leur donne la nourriture appropriée, celle qui convient à chacune. Mais tout être humain ne fait-il pas partie du troupeau de Dieu ? À plus forte raison ceux qui sont membres du peuple de Dieu qu’est Israël ? Si Jésus apporte bien cette parole de vie qui convient à chacun, comment se fait-il que beaucoup ne reconnaissent pas en lui le bon berger ? Vous ne voulez pas venir à moi pour avoir la vie ! (Jn 5,40).

Les oeuvres que je fais au nom de mon Père témoignent de qui je suis. Mais vous ne croyez pas parce que vous n’êtes pas de mes brebis. Mes brebis écoutent ma voix, je les connais et elles me suivent et je leur donne la vie d’éternité (Jn 10, 25-28). Pourquoi ne reconnaissez-vous pas mon langage ? C’est que vous ne pouvez pas entendre ma parole. Qui est de Dieu entend les paroles de Dieu. Si vous n’entendez pas, c’est que vous n’êtes pas de Dieu (Jn 8,42-43.47).

Ceux qui ne sont pas sur la longueur d’onde de Dieu ne peuvent entendre son message. Pour re-connaître en Jésus l’Envoyé du Père, il faut être de son esprit : esprit de bonté et non de stricte justice, esprit de pardon et non de vengeance punitive. Ceux dont les coeurs sont fermés à l’amour ne peuvent accueillir son pardon. Ce n’est que si l’on se reconnaît aveugles, qu’alors on peut changer, se convertir

Chers frères et sœurs Nous, ta communauté, nous te remercions d’être notre berger : O Christ, dans l’eucharistie pascale, tu nous prépares la table, tu nous donnes ta coupe et tu répands l’Esprit sur nous comme un parfum. Ainsi tu nous rends des forces et tu nous conduis, au travers des ravins de la mort… à la maison du Seigneur. Nous te rendons grâce ! Amen.


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